Mongolie

Un séjour surprenant et riche d’enseignements

Au début de notre voyage nous n’étions pas sûrs de rester en Mongolie plus de quelques jours. Notre idée était de transiter par le pays pour rejoindre la Chine en train. Avec le nouveau coronavirus nous avons décidé d’éviter la Chine et d’en profiter pour passer du temps en Mongolie.

 Nous avons donc demandé à Urnaa, une amie rencontrée par Laure lors de son séjour ici il y a sept ans, si elle pouvait nous aider à organiser un séjour dans le pays. Nous avons choisi un itinéraire de 13 jours qui nous permettrait de séjourner dans des familles nomades, de découvrir la région du lac Khovsgol et d’aller à la rencontre du peuple Tsataan avant de revenir à la capitale par le centre du pays. Nous partirons avec chauffeur et guide dans un petit van identique à ceux rencontrés sur le lac Baikal.

Dès les premiers moments en Mongolie nous sentons la peur très présente du coronavirus. A la frontière, notre nationalité effraie puis nos visas chinois, bien qu’ils ne soient pas tamponnés, ont fait l’objet de longues minutes de questionnement. Une fois arrivés dans la capitale nous apprenons que tous les musées, écoles, festivals etc… sont fermés ou annulés pour éviter la propagation du virus. Il n’y a pourtant aucun cas dans le pays. Tout le monde porte des masques et les gens commencent à réduire leurs sorties.

Deux jours après notre arrivée, c’est le grand départ pour nos 13 jours d’expédition en compagnie de Bagui, le chauffeur et Ningin, notre guide. Nous nous attendions à des expériences inoubliables mais nous étions loin d’imaginer ce qui nous attendait.
Nous partons donc au milieu de paysages magnifiques, les chèvres, moutons, chevaux et vaches bordant la route et la traversant souvent ! Rapidement, les changements de programme surviennent et nous apprenons que le gouvernement a décidé de fermer les routes pendant 5 jours pour éviter toute propagation du nouveau coronavirus pendant le nouvel an Mongol. Nous sommes surpris car il n’y a pas de cas dans le pays mais sommes ravis car cela nous donne l’opportunité de passer une nuit de plus dans une famille de nomades. Qu’elle ne fût pas notre déception à partir de ce moment-là…

Dès le troisième jour nous nous retrouvons bloqués dans le petit village d’Oulan-Oul ou nous nous sommes arrêtés pour déjeuner chez des amis d’Urnaa. Au bout de quelques minutes à peine, un policier débarque chez eux et nous demandent d’aller à l’hôpital pour des contrôles. Nous nous y rendons donc puis, au lieu de retourner déjeuner, nous allons au poste de frontière (on n’a pas tout à fait compris quelle frontière car nous restons dans la même région et sommes à de nombreux kilomètres de la Russie). Le verdict tombe, suite à une mesure gouvernementale prise la veille, nous devons obtenir une autorisation spécifique pour passer. Nous réussirons à l’obtenir le lendemain, moyennant des dizaines d’appels et une amende. En tout cas nous pouvons continuer et rejoindre une famille de nomade.

Les quelques jours passés avec cette famille sont sans aucun doute les meilleurs moments de notre séjour en Mongolie. Galsan, sa femme Purev et toute leur famille nous ont accueillis chaleureusement et ont été d’une grande gentillesse envers nous. Nous avons pu aider à préparer les traditionnels ‘buuz’ (raviolis farcis de viande, cuits à la vapeur), aider à la traite des Yaks, faire une balade à cheval et en apprendre davantage sur les terres de cette famille et apprendre le jeu de carte local. Nous avons également eu la chance de passer le nouvel an avec eux et de participer aux festivités et traditions. 

Nouvel an Mongol

Ici le nouvel an dure trois jours et est l’occasion pour les familles de se rassembler. Cette année est un peu particulière à cause de la fermeture des routes mais une grande partie de la famille de Galsan et Purev a pu venir. Il y a une dizaine d’adultes et une dizaine d’enfants dans les deux pièces que compte la maison.

La veille du nouvel an, les derniers préparatifs s’achèvent et l’on partage un grand repas. Le lendemain matin, les cérémonies commencent avec le tracé de son chemin personnel. Chacun s’habille de son plus beau deel (tenue traditionnelle), son chapeau et ses bottes puis sort pour ‘tracer son chemin’ en fonction de son signe astrologique. Cela porte chance pour l’année à venir et permet de ne pas s’écarter de sa voie. Ensuite les salutations commencent et nous prenons encore plus mesure de l’importance de la famille dans la culture mongole.

Les personnes plus âgées sont assises et chacun vient les saluer, demander comment ça va, souhaiter une bonne année et offrir un petit cadeau. Tour à tour les plus âgés s’assoient afin que les plus jeunes puissent les saluer. Une fois ces célébrations faites, la tradition veut que l’on partage un mouton entier cuit la veille. Avant de partager ce repas, une offrande est faite pour remercier la terre et le ciel. Généralement ce sont quelques gouttes de vodka et quelques morceaux de viande.

Le mouton, comme le reste des préparations, ne sera pas mangé en un repas, mais sur plusieurs jours voir semaines, au fur et à mesure que les visites de courtoisie se succèderons. En effet, durant plusieurs jours, les familles se rendent chez les amis, les voisins pour célébrer cette nouvelle année. 

Expédition chez les Tsaatans

D’après Urnaa, nous aurions dû rejoindre le camp des Tsaatans en randonnant à cheval pendant une grosse demi-journée. Malheureusement, on nous annonce qu’en hiver il faut trois jours à cheval et que nous devrons y aller en van. Enfin… pas jusqu’au bout car pas assez bien équipé, notre véhicule a du s’arrêter en pleine forêt bloqué par la neige trop abondante. C’est donc à pied et les sacs à dos chargés au maximum que nous finirons l’expédition vers le camp des Tsaatans. Moment difficile pour nous car nous ne voulons pas que Galsan, qui est âgé et a de fortes douleurs aux genoux, soit obligés de monter dans la neige à pied et chargé. Malheureusement malgré notre demande de rentrer pour le ramener et d’abandonner l’idée d’une nuit chez les Tsaatans nous ne sommes pas écoutés et nous résignons.

Encore une déconvenue à notre arrivé : le campement est vide, seul un troupeau de rennes est là, parqué dans son enclos. Galsan nous explique que d’après leur niveau d’agitation, ils sont probablement affamés. Nous resterons donc une nuit dans un tipi glacé dans l’espoir de voir des nomades le lendemain. Sans grande surprise, personne ne vient et nous repartons chez la famille de Galsan pour une dernière nuit en leur compagnie.

Suite du voyage et retour à la capitale

Le lendemain, la tête pleine des magnifiques paysages et des moments privilégiés avec la famille de Galsan et Purev, retour à la petite ville d’Oulan-Oul. Nous apprenons que les routes sont fermées pour quelques jours supplémentaires. Nous devrons donc attendre une semaine avant de pouvoir quitter la ville. Heureusement, l’association nationale de tourisme ayant fait pression sur le gouvernement, nous obtenons un laisser passer, à faire valider dans chaque ville de notre route retour pour pouvoir rentrer en avance. Nous prenons dons la route du retour deux jours plus tard.

S’ensuivent trois jours de route avec des démarches administratives à faire, des contrôles de fièvres incessants quand on passe les barrages routiers et quelques péripéties ! Tout d’abord sur la piste qui part d’Oulan-Oul jusqu’à la prochaine ville. Nous en parcourons une bonne partie la nuit, sans que notre chauffeur sache où aller. Résultat, nous resterons bloqués dans la neige à plusieurs reprises et serons sauvés par des voitures passant au loin que nous pourrons suivre pour trouver le bon chemin. Le deuxième soir c’est la panne d’essence à 20km de notre étape pour la nuit. Là encore c’est le passage d’une voiture (la seule que nous ayons vue en plusieurs heures), qui nous permettra d’alerter la police pour qu’elle nous apporte de l’essence.

Nous arrivons enfin à la capitale le 2 mars et cela nous permet de lancer en urgence un visa de transit pour la Russie car nos vols initiaux via la Corée du Sud sont annulés. Ce sésame en poche et nos nouveaux billets d’avion pris, nous voilà prêt pour une nouvelle étape de ce tour du monde. Nous finissons néanmoins notre séjour sur une note positive en prenant le temps d’aller voir Dorothea, une jeune allemande que Laure a rencontrée ici il y a 7 ans. Nous passons l’après-midi avec elle et sa petite fille de 6 mois et elle nous raconte son quotidien depuis son installation en Mongolie. Une visite rafraichissante qui nous fera du bien au moral !

Le lendemain c’est donc parti pour faire : Oulan-Bator, Astana, Moscou, Hanoï… Une grosse journée dans les airs qui nous rebute quelque peu car nous voulions privilégier le train et le bus afin de minimiser notre impact environnemental. N’ayant pas d’autres options nous faisons avec et sommes heureux de pouvoir passer à autre chose et de nous délester de nos affaires d’hiver !
Le périple dans le froid touche à sa fin et nous commençons notre aventure asiatique dans de meilleures conditions !

Un voyage difficile mais riche d’enseignements

Ces deux semaines en Mongolie ont été très difficiles pour nous. Les changements de programme incessants, l’attitude du chauffeur et de la guide qui ne nous tenaient au courant de rien et ne prenaient jamais en compte ce que l’on pouvait dire ou souhaiter… Tout cela nous a donné l’impression d’être totalement dépendant d’eux et privés de liberté. Plusieurs fois, nous avons regretté ce qu’il se passait car ce n’était pas en accord avec notre manière d’être ou nos valeurs.

Nous avons également été choqués par la peur de l’étranger que notre guide manifestait en permanence et qui semble refléter une pensée répandue dans le pays. Nous sommes des ‘touristes’ qui ne comprennent rien à leur pays, à leur manière d’être et seulement bons à venir dépenser notre argent là-bas. Toutes les histoires racontées par Ningin sur les étrangers étaient négatives (mariages mixtes qui virent mal, auto-stoppeurs sales, guides ou chauffeurs laissés dormir dans le camion pour ne pas leur payer une chambre…). Comment se défaire d’une image si négative et pouvoir échanger sans tous ces a priori ?

Nous n’avons pas trouvé la réponse en Mongolie mais nous y avons appris la patience, le lâcher-prise et la résignation. Une chose est sûre la remise en question s’est faite et nous nous sommes promis de vivre le reste du voyage différemment, en accord avec nos principes et loin des tours organisés. Ce périple aura aussi été l’occasion de rêver notre vie future, notre idéal et les valeurs que nous souhaitons véhiculer.